Actualité

Les promesses : lettre pour l’engagement journalistique

Je me réveille après un rêve de mots, trébuche sur les journaux et embrasse la plume. Mon bel amour, je te vois à côté de moi. Tu me rends fou. Tu es si complexe, parfois brutal mais bon dieu ce que tu es beau. Cher journalisme, je t’aime.

Aujourd’hui, je suis amoureux. Il m’a fallu du temps pour le comprendre car tu étais toujours avec moi, en face de mon regard fuyant, mais je ne te l’ai jamais dit à voix haute. Depuis combien de temps nous nous connaissons ? Sans doute depuis toujours. Tu vibrais en moi comme les papillons d’un premier baiser de primaire. Tu me tenais la main dans les questions existentielles de l’adolescence. Tu me serrais fort dans tes bras pour accompagner ma recherche de réponse. Journalisme, il y a tellement de promesses que je peux te faire. Tellement de choses que nous pouvons accomplir. Tellement de principes que nous avons mis en place.

Factualité

Tu sais, ces principes, certains les bafouent. Notamment, la factualité. Chose qui devrait être poncif dans les journaux plutôt que petit plus. Nous vivons dans une époque où nous voulons parfois mentir, parfois délivrer des informations bien mensongères. Certains se contrefichent de ta déontologie. Entre nous, il n’y aura rien que les faits c’est promis. Bref, tu m’as toujours connu bien râleur. Mais c’est pourquoi, je jure de faire attention aux idées reçues, aux chemins trop courts, quitte à prendre les sentiers plus longs. Je te suivrai, tu me guideras. Je jure d’aller chercher plus loin. Car oui mon bel amant, tant que l’action d’homicide n’a pas pu lui être reproché, un individu sali de sang aux côtés d’un cadavre n’est pas forcément le coupable. Je me contenterai donc d’ « enquêter » plutôt que d’ « empiéter » sur le débat public. Main posée sur la charte de Munich, je te promets vérité et factualité.

Objectivité

Oui, nous nous disputons. Tu m’en veux parfois de ne pas être à la hauteur, tes émotions t’emportent et tu défends ton camp. C’est ce qui s’appelle une belle engueulade. Plus personne ne s’écoute. Il n’y a plus que deux parties qui s’entrechoquent. Mais après, tout revient à la normale. On s’excuse, on comprend l’opinion de l’autre et nous trouvons un juste milieu : « ok je fais la vaisselle ce soir mais demain tu récures les chiottes ». Si doux quotidien. Tout cela pour en venir au fait : nous avons besoin de l’objectivité. L’objectivité se présente comme une sorte de balance morale entre plusieurs partis engagés qui préfèrent crier plutôt qu’écouter. Dans un cas, certains s’octroient le droit de dénoncer et de s’engager. D’autres comprennent le besoin d’informer. Je te défendrai contre les assassins qui veulent ta peau : politiciens de tous bords, communicants d’entreprise, engagés politiques, financiers, complots et bien d’autres ingrédients empoisonnés. Tu vois, de mes petits bras, je te défendrai, dans la rue où l’opinion publique te siffle et t’insulte, dans les bars où les relous se colleront et te diront des mots doux en attendant une faveur. Cette lettre pourrait fausser mon désir d’objectivité car oui je prends partie. Pas pour une politique non, mais pour le droit à l’information juste. Pour faire la part des choses, main posée sur la charte, je te promets objectivité, écoute et sens.

Indépendance

Ensemble contre le monde. C’était notre rêve de gosses. Nous voulions partir à l’aventure tous les deux, sans personne. Pas besoin de guide pour tracer nos pas, nos convictions suffisaient à ce que l’on marche seul. Nous sommes comme des chiens vagabonds, trainards et sans laisse. Même dans la boue, nous nous amusons et nous nous redressons. Voilà un dernier point que nous pouvons aborder ensemble joli cœur : l’indépendance. Oh que oui, la source de toute chose journalistique. C’est bien cette arme qui pourra toujours différencier un papier de communication et la page d’une enquête rudement menée. Indépendance est fruit de liberté. Nous vivons une époque où le rachat de quotidiens, de médias et de magazines est monnaie courante. Mais dans les souterrains de cette machine économique se trouve encore des résistants. Tu nous vois comme des « chiens de garde de la démocratie », des chiens sans chaînes que personne ne peut empêcher de mordre. Tu aurais bien raison. Si tu me donnes ta confiance, si tu penses être la personne de mes rêves, je crois qu’il me reste plus qu’une seule question à poser, veux-tu m’épouser ? … Je crois que ce silence est assez suffisant. Je comprends ton ressenti. Je vais sans doute trop vite. Ou alors, je viens de comprendre que tu ne pourras jamais appartenir à personne. Vouloir te posséder serait te détruire. Je respecterai ton choix.

Il a fallu une lettre pour te dire ce que je voulais hurler sur tous les toits. Beaucoup de promesses, bien loin d’être des paroles en l’air. Mon grand journalisme, je te jure fidélité à jamais, risques au cas où, vie jusqu’au bout ou mort par nécessité. Autrement dit, « oui, je le veux, pour le meilleur et pour le pire ! »

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