Interviews

Shahin Hazamy : La misère est si belle

Qui peut arrêter Shahin ? Créateur de vêtements, street-journaliste ou bénévole pour les sans-abris, ce jeune homme de 25 ans est motivé par ses rêves. Il n’est pas soldat mais mène un combat quotidien contre la mauvaise image de la banlieue ou la misère en France. Interview ambitieuse.

« On peut rentrer chez nous au chaud mais certains dorment dans la rue »

N : Shahin, tu es à l’origine de maraudes pour venir en aide aux sans-abris. Qu’est ce qui t’a lancé dans cette démarche ?

SH : On peut dire que nous, les banlieusards, nous n’habitons pas dans les quartiers les plus aisés de Paris. Nous savons aussi ce que c’est de ne pas manger. Parfois il y a des familles qui ne mangent pas ou qui ne sont pas décemment logées et dans l’insalubrité. On s’est donc lancés, moi et mes potes, un soir d’hiver. On était au quartier dehors et il faisait assez froid. Mais on s’est quand même dit : « En fait on est bien, on peut rentrer chez nous, au chaud. Certains dorment dans la rue ». Nous avons fait un truc entre nous où on récolte de l’argent et des vêtements. Après, nous allons faire des courses et nous les donnons aux sans-abris dans le besoin. Ça fait maintenant 5 ans que nous essayons d’en faire le plus régulièrement possible.

J : Avec le confinement, cela devient-t-il plus compliqué ?

SH : C’est sûr qu’avec le confinement, cela devient un peu plus chaud. Nous essayons d’éviter les clashs avec la police. Malgré que nous ne fassions rien de mal, des jeunes à capuches qui viennent dans les rues de Paris pendant le confinement, cela peut être source de problèmes avec la police. De plus, les policiers sont tendus en ce moment. Nous avons déjà eu affaire à des problèmes comme ça.

« Nous retenons surtout la drogue, les règlements de compte ou les bagarres »

N : D’ailleurs, tu es assez attaché au sujet des jeunes et de la banlieue. Mais qu’est ce que tu penses de l’image que l’on donne de la banlieue en France ?

SH : La majorité du temps, c’est ce qu’on voit à la télé. Nous retenons surtout la drogue, les règlements de compte ou les bagarres. Récemment on parlait de la Seine-Saint-Denis ou du Val d’Oise avec les émeutes et les saisis de drogue. La plupart du temps, ce n’est que des choses comme ça. C’est toujours les mêmes titres.

N : On médiatise beaucoup les mauvaises choses de la banlieue…

SH : C’est même sur-médiatisé ! On a accepté que les médias viennent nous filmer pendant nos maraudes pour montrer qu’il n’y a pas que les mauvais côtés. Il y a aussi des choses très positives.

« La voix des opprimés »

N : En parlant de médias, tu te dis street-journaliste. En quoi cela consiste ?

SH : Je vais sur le terrain pour filmer ce qu’il se passe. Dernièrement, un jeune d’Argenteuil s’est fait tué et j’y suis allé pour faire des interviews ou discuter avec les habitants sur leur relation avec la police. J’essaie d’avoir vraiment un truc en direct et pas attendre que cela soit BFM TV qui nous donne l’information et une information pas très objective. Il faut faire le travail correctement. Même si nous n’allons écouter ou voir des choses qui ne vont pas nous plaire, c’est toutefois plus objectif quand nous y allons nous-mêmes. Ce n’est pas non plus des choses que l’on entendrait à la télé, comme sur les policiers faisant des contrôles en donnant des coups de poing ou des gifles aux jeunes. Nous nous montrons un peu comme la « voix des opprimés ».

N : En fait tu traites surtout des sujets sur la rue et la banlieue…

Bien sûr et j’essaie d’être au plus près des jeunes. Pendant les émeutes du premier confinement, j’étais vraiment au cœur du conflit. Il y avait des journalistes de Brut, M6 ou d’autres médias qui essayaient de s’approcher. Quand les jeunes m’ont demandé qui c’était, je leur ai dit : « C’est des journalistes. Je les connais, ils sont gentils ». Mais ils m’ont répondu « Non, ils nous approchent pas ». Je ne tolère pas cela forcément mais bon, je peux les comprendre. Les médias cherchent à montrer que c’est les jeunes qui attaquent la police. Mais à partir du moment où les journalistes sont sincères, je peux les accompagner dans certaines banlieues que je connais.

Propos recueillis par Noé Davenas

(Photo de la rédaction Cergy Demain)

0 comments on “Shahin Hazamy : La misère est si belle

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :