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Aurélien Pitaval : « Je ne m’étais juste pas imaginé être intermittent toute ma vie. »

Avant le confinement, Aurélien Pitaval était ingénieur du son. Depuis, il est devenu apprenti meunier au Moulin du Foulon à Arnay-Sous-Vitteaux au coeur de l’Auxois.

Tout à gauche, Aurélien Pitaval accompagné de ses coéquipiers (FB : Moulin du Foulon)
  • Présente-toi !

Moi, c’est Aurélien Pitaval. J’ai 35 ans et j’ai été ingénieur du son pendant douze ans.

  • Quelle profession exerces-tu maintenant après toutes ces années dans l’intermittence du spectacle ?

Maintenant, je suis employé multifonctions dans un moulin. Je suis en formation pour racheter ce moulin dans dix mois. J’ai un métier à apprendre, donc je suis en contrat pro. Je suis trois semaines par mois en entreprise et une semaine par mois à l’école.

  • Et dans quelle école es-tu ?

C’est une école spéciale de meunerie sous la forme d’un CQP (Certificat de Qualification Professionnelle). Je fais cela à Saint-Quentin dans l’Aisne.

  • Cette reconversion professionnelle est surprenante, d’où t’es venu l’idée de devenir meunier ?

Elle est venue pendant le confinement. Avec ma femme, on a acheté une maison en Bourgogne dans un petit village, il y a cinq ans de cela. On était confiné là-bas pendant deux mois. On allait toujours acheter notre farine au tout petit moulin qui est à-côté. Et puis ce jour là, au bout de trois semaines de confinement, je vois le meunier qui est un vieux monsieur de 75 ans. Il était entrain de porter sur les épaules des sacs de 25 kilos et je lui demande s’il a besoin d’un coup de main. On était confiné à 5 dont 3 techniciens du son, intermittents du spectacle. Je lui dis qu’on a de l’énergie à donner et il a accepté notre aide. C’était très compliqué pour lui car il y avait énormément de demandes dû à la pénurie des sachets de farine dans les supermarchés. Beaucoup de personnes venaient au moulin acheter leur farine. Je l’ai aidé à faire des sacs. Il m’a dit qu’il allait partir en retraite, que son fils n’était pas intéressé pour reprendre l’entreprise donc qu’il allait remettre l’affaire. Le lendemain, je lui ai dit : « Si tu me formes, je le rachète ».

  • Avant le confinement avais-tu déjà envisagé acheter un moulin et devenir meunier ?

Absolument pas. Je ne m’étais juste pas imaginé être intermittent toute ma vie. C’est quelque chose qui me trottait dans la tête. Remarque meunier c’est pareil mais intermittent, ce sont quand même des rythmes de travail compliqués à gérer avec une vie de famille et un épanouissement personnel pas forcément évident. J’avais envie de changer et d’être mon patron.

  • Tu seras ton propre patron au moulin ?

Je m’associe avec un ami à moi qui s’appelle Olivier. On sera deux co-gérants. Pour l’instant, on n’envisage pas d’embaucher tout de suite. On a une affaire à relever un peu car niveau économie, le moulin s’affaiblit et n’est pas terrible en démarchage commerciale. On a beaucoup de choses à faire.

  • Les rythmes compliqués et difficultés de l’intermittence t’ont poussé à changer de profession ?

Ce sont les difficultés de l’intermittence, les relations professionnelles qui ne sont pas forcément évidentes. J’avais deux-trois employeurs avec lesquels cela se passait un peu moins bien. J’ai toujours fait de la sonorisation, c’est ce qui me plaisait le plus. Travailler avec des musiciens, avec des danseurs, etc. Je me suis retrouvé à faire pas mal d’institutionnel comme des conférences, un peu pour la télévision. Je ne m’y suis pas retrouvé. Je me suis rendu compte que 30% de mon temps de travail était pour des plans qui ne me plaisait pas.

  • Mais continues-tu de produire du son ?

Depuis le confinement, je n’ai rien fait. Mais je pense que cela va me manquer car il y avait quand même de super bons côtés notamment l’humain. Je pense que je referais deux-trois plans de temps en temps. Je vais essayer de ne pas partir totalement du milieu, pour garder le côté un peu rock ‘n’ roll du métier que j’appréciais.

  • Entre ton ancien métier et celui que tu apprends aujourd’hui, as-tu constaté de grands changements (salaire, rythme de vie, etc.) ?

Le salaire, j’ai du mal à m’en rendre compte. Moi, j’étais un intermittent qui travaillait beaucoup. Il faut faire 500 heures par an pour avoir son statut et j’en faisais en moyenne 1500 heures. Je travaillais beaucoup donc j’avais un salaire correct pour quelqu’un qui habite à Paris, mais très bon pour quelqu’un qui habite en campagne. Maintenant, je suis en contrat pro à mi-temps, je suis payé au SMIC. Pour le rythme de vie, c’est un petit moulin, il n’existe pas de 35 heures. Comme on envisage d’être à notre compte, on ne calcule pas les heures. Par exemple, ce matin je me suis levé à 4 heures puis j’ai fini à 15 heures. Il y a des jours comme cela. D’autres où j’arrive à 9 heures et repars à 18 heures. Le rythme ne change pas vraiment avec l’intermittence. Cela dépend s’il y a du boulot ou non, beaucoup de commandes, du matériel à réparer. Cela n’est pas du tout régulier.

Vous pouvez retrouver toute l’actualité du Moulin du Foulon sur leur page Facebook !

Portez-vous bien !

Agathe

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