Christophe Kenck : « Les femmes reporters de guerre ont un caractère bien trempé »

Christophe Kenck suit depuis plus de 25 ans les plus grandes reporters de guerre comme Martine Laroche-Joubert ou Patricia Allémonière. Ce Journaliste Reporter d’Images (JRI) les connaît de près et nous donne son avis sur ces femmes selon lui aux tempéraments bien trempés.

  • Pensez-vous que les femmes prennent plus de risques que les hommes en étant reporters de guerre ? Non, pas plus qu’un homme. Elles prennent autant de risques, qui sont souvent des risques calculés. On ne part pas sur une zone de conflit comme cela, on prend toutes les précautions. Que ce soit une femme ou un homme, pour avoir travaillé avec les deux, il n’y a pas de différence.
  • Les femmes reporters de guerre subissent-elles plus d’agression sexuelle que les hommes ? Non très peu. Pour avoir bossé avec des femmes dans des pays dit compliqués, j’ai jamais vu disparaitre la journaliste et la voir revenir traumatisée. Il n’y a pas eu d’agression sexuelle durant ma carrière. Cela a été tendu à des moments, mais on a toujours été ensemble et jamais été séparé. Après il y a eu des soucis en Egypte, je n’étais pas là mais une espagnole a été violée. Donc cela peut arriver. C’est vrai que cela n’est pas un avantage d’être une femme dans un univers où les hommes n’en voient peu. Les agressions sexuelles sur les hommes, par contre, j’ai jamais entendu parler de cela en reportage de guerre. Même si le viol est une arme de destruction massive dans la guerre.
  • Trouvez-vous qu’elles sont soutenues dans leur travail par leurs collègues masculins ? Oui, j’en suis un exemple type. C’est un travail qui se fait ensemble. On ne part pas, elle c’est une femme et moi un homme. On a déjà parlé en amont avant de partir sur le même reportage. C’est pas se soutenir, c’est un travail d’égal à égal. Attention, après chacun son rôle. Celle qui est journaliste est journaliste, et puis le caméraman c’est le caméraman. Cela peut-être aussi, un journaliste masculin et une caméraman féminine. Mais on part sur le même pied d’égalité. On est deux professionnels qui avancent dans le même sens. On se soutient mutuellement.
  • Comment sont les femmes reporters de guerre ? L’image de la reporter de guerre, ce n’est pas une femme qui est fragile et qui n’espère qu’être protégée par son équipe. Cela ne marche pas comme cela. Les femmes reporters de guerre sont des femmes avec un caractère bien trempé qui sont souvent autonomes. La différence entre une femme journaliste du service politique et une femme reporter de guerre, c’est le grand canyon entre les deux. Ce n’est pas la même façon de penser, ce n’est pas la même façon d’être. C’est une question de personnalité.
  • Avez-vous l’impression que les reporters femmes ont des angles plus tourné vers les personnes qui subissent la guerre que les combats en eux-mêmes ? Non. C’est vrai que quand vous allez dans un camp où il n’y a que des femmes musulmanes, cela va être compliqué pour un garçon de pouvoir y rentrer. La journaliste elle pourra. Si c’est ce sujet et qu’on part faire cela, effectivement ce sera un équipage féminin qui partira. A part cet exemple précis, non il n’y a pas d’angle particulier. On fait des sujets sur tout. L’homme aussi est sensible de la population civile, des traumatismes, des exodes etc.
  • Voyez-vous une évolution dans les mentalités à propos des femmes reporters de guerre au fur et à mesure des années ? Non, je vois surtout une évolution par rapport à la mentalité des femmes dans le métier du journalisme. J’ai commencé il y en avait très peu. Aujourd’hui cela représente presque 55 pour cent de la profession. C’est une profession qui s’est efféminée et que l’on donne accès que ce soit pour les sujets politiques, faits-divers ou le reportage de guerre, que ce soit dans la presse écrite, la radio, la télévision. Car il y aussi des femmes reporters de guerre dans la presse écrite. J’ai toujours travaillé avec beaucoup plus de femmes reporters de guerre que d’homme. Mais cela s’est beaucoup moins féminisé au niveau des dirigeants des sociétés. Même si aujourd’hui la présidente de France Télévisions est une femme.
  • Voyez-vous des modifications que les femmes apportent dans ce métier ? Non, pas plus qu’un homme. Cela va être une question de personnalité, d’angle choisi pour le reportage et après sa plume. Cela n’est pas homme ou femme. Elles n’apportent pas le regard tendre de la maman. Elles apportent le regard normal d’une journaliste comme un journaliste sur une situation qu’il vit. Ce n’est pas une question de sensibilité car je connais des hommes aussi sensibles que des femmes.

Portez-vous bien !

Agathe

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