Le fléau de la presse féminine

Récemment, en feuilletant des magazines dont nous tairons les noms, nous avons pu (affreusement) constater qu’ils avaient un retard considérable sur notre société.

« Comment rester belle et mince même à 40 ans ? » « Comment savoir bien satisfaire son mari ? » « Comment occuper ses enfants ? », tant de questions qui se disent être faites pour aider les femmes, mais en réalité elles ne sont là que pour alourdir leur charge mentale.

L’importance de la représentation

Question représentation, la presse féminine n’est pas numéro un. Avez-vous déjà vu une femme voilée en couverture Vogue Paris ? Les femmes noires ayant faits des couvertures de magazines féminins français se comptent sur les doigts d’une main. Pareil pour les femmes rondes et les femmes transgenres. Pourquoi ce refus fatal d’inclusion ?

« Je pense qu’il y a plusieurs raisons, c’est-à-dire que on en revient fondamentalement à ce que dit Mona Chollet dans Beauté Fatale : les annonceurs vont vouloir quelque chose d’extrêmement lissé, ils ne veulent pas faire de bruit, ils ne veulent pas faire de vagues, ils veulent une femme qui correspond aux femmes qui posent pour leur propre pubs et couvertures, qui sont des représentations extrêmement étroites et extrêmement étriquées de la beauté et de la diversité. On retrouve la même grande blonde, blanche, mince, qui a la même tête sur toutes les photos. Photos qui sont tellement photoshopés que tu ne peux plus les différencier. Par conséquent, il y a quand même cette pression-là, c’est-à-dire que le jour où ils voudront mettre une grosse ou autre, les annonceurs vont dire « Ah bah quand même ce n’est pas trop dans notre esprit, ce n’est pas ce que nous voulons représenter ».  Parce qu’en fait ce qu’il faut savoir c’est que ce n’est pas les magazines qui ont des annonceurs, c’est les annonceurs qui ont des magazines. Ce qui fait que c’est fatalement lié à la vision de la mode et cette vision est très étriquée. »

Pauline Grand d’Esnon, journaliste et chef de rubrique chez NEON.

Ne pas vouloir faire de bruit. Pourtant la femme grande, blanche hétérosexuelle ne représente pas une majorité du lectorat. C’est une norme que les médias ont imposé, mais ce n’en est aucunement une pour autant. 

La norme c’est l’universalité, la pluralité, la diversité. Une femme noire est normale, une femme voilée est normale, une femme à mobilité réduite est normale, une femme ayant une peau acnéique est normale,  une femme transgenre est normale, une femme ayant des poils, des vergetures est normale.

La représentation est importante car elle favorise l’inclusion de toutes les femmes dans le monde. Se sentir concernée, pouvoir s’identifier ne devrait pas être un luxe réservé à qu’une seule catégorie de femmes. Une petite fille noire qui grandit dans un milieu ou tout tourne autour de la femme blanche, aura forcément à un moment de sa vie un problème identitaire, un problème avec sa vision d’elle-même car elle comprendra qu’étant noire, elle n’appartient pas à la norme. 

Les nouveaux magazines féminins comme Paulettes ou encore Causette font un travail considérable en terme de représentation et d’inclusion. Mais le chemin est encore long.

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Les « standards de beauté »

La presse féminine contribue fortement à l’encrage des standards de beauté. C’est elle qui dicte ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Créant parfois des complexes irréversibles chez les jeunes filles et femmes qui ne se trouvent pas assez belles. Ce qui les perd dans une quête faussement atteignable d’une perfection qui n’existe pas. 

Les standards de beauté que nous connaissons aujourd’hui ne sont que la vision de l’idéal féminin selon les hommes. Selon les diverses couvertures de magazines, la femme parfaite universelle serait blanche, grande, blonde aux yeux bleus, mince (mais pas trop), un visage sans imperfections, un corps sans poils et sans marques. Un standard raciste, grossophobe et eurocentré : selon eux, plus de la moitié de la population féminine est considérée comme étant moche car racisée, ronde, ou juste parce qu’elles ont une peau acnéique. Ce qui est normal est moche. Ces standards ont un impact énorme sur les petites racisées et/ ou rondes qui regardent ces magazines : ces derniers contribuent à la dévalorisation et au développement d’une haine d’elle-même. Cela serait beaucoup plus simples si ces standards s’arrêtaient qu’aux magazines. Malheureusement ils sont également ancrés très profondément dans notre société, marginalisant considérablement celles qui n’y correspondent pas. 

La presse féminine n’est absolument pas réaliste, être réel c’est être normal, fade après tout. 

« Les médias féminins et people jouent sur l’ambivalence du public […] Ils vendent tour à tour le mythe de la « minceur sans effort ». Mona Chollet dans Beauté Fatale.

La quête de la minceur a pendant longtemps (et encore aujourd’hui) été le principal sujet des magazines féminins. Chaque printemps nous avons le droit aux articles censés nous « encourager » pour acquérir notre beach body (corps considéré comme parfait pour porter un maillot de bain). Après les fêtes de fin d’année, les articles sur « comment perdre les excès des fêtes ? » ou « et si ta résolution était de faire du sport et manger sain ? ». Nous pouvons même trouver des articles destinés aux femmes, post-partum, les conseillant de perdre au plus vite leur poids de grossesse. Une grossophobie cachée sous le bien-être et la santé véhiculé encore une fois par la culpabilisation. 

Nous avons quand même foi en cette génération et nous sommes convaincues que la notre, ainsi que celle qui arrive, seront là pour tout changer. Nous sommes la génération de la conscientisation et de l’acceptation.

​Morgan.

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