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Manon Quérouil-Bruneel : « on est de plus en plus LÉGITIME »

Elles sont deux : Véronique de Viguerie et Manon Quérouil-Bruneel. Ce duo de choc traverse des pays en proie aux conflits ou aux allures innocentes pour dévoiler leurs secrets. Ces deux reporters racontent l’envers du décor de leur métier dans leur livre Profession reporters. Nous sommes allées à la rencontre de Manon Quérouil-Bruneel pour lui poser quelques questions.

  • Pensez-vous que les femmes prennent plus de risques que les hommes en étant reporters de guerre ?

Je ne crois pas qu’on soit plus ou moins tête brûlée que les hommes, pas forcément moins d’ailleurs. Ma camarade photographe, à mon avis, est plus téméraire que pas mal de ses confrères masculins. Je ne pense pas qu’il y ait un rapport au danger qui soit genré. Il y a des tempéraments qui peuvent se retrouver chez les hommes ou chez les femmes. Certains qui sont précautionneux et d’autres qui sont têtes-brulées. Je ne crois pas qu’il y ait une caractéristique féminine là-dessus.

  • Vous dites dans votre livre Professions reporters que votre genre est un allié en Syrie. Etes-vous parfois forcées d’utiliser des stéréotypes féminins pour récolter plus d’informations dans le milieu de la guerre encore très masculin ?

En fait, je n’ai pas l’impression d’être forcée à m’en servir. C’est juste une composante avec laquelle je fais. Souvent cela se révèle être un atout parce qu’il y a un apriori, pas positif, mais l’impression chez nos interlocuteurs qu’une femme est plus docile et plus facile à cadrer. Du coup les laisser croire cela est un des atouts que l’on peut jouer. Le fait aussi que la plupart de nos interlocuteurs sont souvent des hommes et que nous soyons des femmes. Il y a un rapport qui est différent que celui qui peut exister entre deux hommes sur des terrains de guerre. Ce qui n’empêche que l’on se fasse respecter. Mais cela se passe autrement.

  • Vous trouvez que cela est un avantage ?

Moi, j’ai toujours trouvé que c’était un avantage. Le seul inconvénient c’est un risque supplémentaire qu’on court, c’est celui du viol. Que l’on a forcément plus en tête qu’un confrère masculin.

  • Vous ne pensez pas qu’il y ait aussi des viols au niveau des hommes ?

Je pense que c’est une peur qui anime beaucoup moins les hommes que les femmes. A tord ou à raison. Comme les femmes qui sont majoritairement victimes de violence sexuelle.

  • Avez-vous l’impression que les reporters femmes ont des angles plus tourné vers les personnes qui subissent la guerre que les combats en eux-mêmes ?

Je ne sais pas. J’ai encore une fois l’impression qu’il y a quand même des sensibilités parmi mes confrères masculins qui peuvent se rapprocher de la mienne. Moi, par moment, j’ai des envies de sujet qui sont vraiment tournés sur des histoires de guerre et moins de personne. Je crois que chacun fait attention à des choses différentes. Je me souviens quand Samuel Fauret avait gagné le prix Albert-Londres il y a deux ans, tout le monde s’était émus qu’au milieu de cette guerre il est pris le temps de s’intéresser à une fleur entrain de pousser dans le bitume. On aurait pu se dire que c’était un truc de fille alors que non pas du tout. Il y a aussi des hommes qui sont capables de voir des fleurs dans le bitume. A l’inverse des femmes qui sont capables de décrire des chars d’assaut mieux qu’un catalogue d’assaut.

  • Voyez-vous une évolution dans les mentalités à propos des femmes reporters de guerre au fur et à mesure des années ?

Oui, j’ai vraiment l’impression que la génération au-dessus de moi a quand même enfoncé les portes au prix quand même de sacrifice sur leur vie personnelle et privée. Beaucoup n’ont pas eu d’enfant ou alors s’en sont peu occupé. Ma génération a imposé l’idée que l’on peut tout avoir, une vie de famille et faire ce métier la. Et la génération en dessous, la votre, j’image que cela sera plus facile d’intégrer cette branche sans avoir à se justifier et sans abdiquer.

  • Sans se sentir coupable ?

La culpabilité, on l’aura toujours. C’est un truc qu’on a tellement intériorisé ou qu’on nous renvoi tellement. Par contre, vous serez beaucoup moins jugé ou même challengé. Je pense que les gens oseront beaucoup moins vous poser des questions comme on a pu le faire à moi.

  • Quelles sont pour vous les modifications que les femmes apportent dans ce métier ?

Je suis de moins en moins convaincu qu’il y ait une façon de faire qui serait hyper féminine. Je ne sais pas si à l’aveugle en vous donnant un petit texte, sans les noms des auteurs, vous serez capable de dire si c’est un homme ou une femme qui l’a écrit. J’en sais rien. Par contre, je pense que l’amélioration qu’on apporte est pour les femmes d’après. On fait de la place et on est de plus en plus légitime.

  • Est-ce que le rapport entre les rédactions et les femmes reporters de guerre est différent qu’entre les rédactions et les hommes reporters de guerre ?

J’aurais du mal à vous dire parce que je ne suis pas un homme. Je trouve que j’ai une relation assez saine et assez chouette avec les rédactions. Je n’ai pas l’impression qu’on me paternalise. J’ai même déjà eu des réacteurs en chef qui m’ont envoyé en Syrie quand j’étais enceinte de 7 mois parce que je le demandais. Il ne se serait jamais permis de faire des réflexions, ce que je trouvais plutôt bien. On ne m’a jamais dit « tu ne peux pas faire ce reportage la car tu es une femme ». Au contraire, on a fait des reportages qu’on a réussit. Notamment d’aller dans le nord du Yémen parce qu’on pouvait se cacher sous une burka pour traverser tout le pays en guerre. Aucun homme n’avait eu le courage ou la capacité de le faire. On reste encore aujourd’hui les seules à l’avoir fait. On était deux femmes.

Portez-vous bien !

Agathe

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