Les domestiques du Liban

Le Liban recense sur son territoire environ 250 000 et 300 000 travailleuses et travailleurs domestiques migrants originaires d’Afrique et d’Asie. Majoritairement des femmes, elles sont exploitées, maltraitées voire tuées mais aussi laissées à l’abandon depuis les récentes catastrophes. Zoom sur cet esclavage moderne.

Le Liban : pays d’espoir ?

Venant principalement d’Éthiopie, des Philippines, du Bangladesh, du Sri Lanka, du Ghana ou encore du Kenya, ces femmes voient le Liban ou les autres pays du Golf (Koweït, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Quatar ect) comme un moyen d’échapper à la précarité. Les agences qui s’occupent de leur recrutement, leur fait miroité des conditions de travail décentes ainsi qu’un salaire correct. Malheureusement, la réalité est toute autre une fois sur place. Elles sont soient livrées à des familles qui les exploitent sans relâche et les maltraitent, soient à des hommes qui en font des esclaves sexuelles. Les violences sont telles que souvent, elles se suicident ou meurent sous les coups de leurs employeurs : selon une étudie de Human Right Watch, une domestique meurt chaque semaine au Liban.

La Kafala : une machine bien huilée 

Le Liban dispose d’un système privé de parrainage qui piège les migrantes : le Kafala. De quoi s’agit-il ? Pour faire simple, le kafala est un procédé qui consiste à lier les migrantes à leurs employeurs à l’aides des agences. Ces dernières sont présentent à la fois au Liban et dans les pays de recrutement. Elles disposent de catalogues dans lesquelles sont répertoriées, par tranche d’âge et par nationalité les futures domestiques. Les employeurs n’ont plus qu’à faire leur choix. 

Une fois que le choix est fait et que tout est en ordre les migrantes deviennent littéralement la propriété de leurs employeurs. Sans ces derniers, les domestiques ne peuvent ni renouveler leur titre de séjour, ni quitter le territoire et ni même sortir pour quelconque raison sans l’autorisation de leurs patrons. Pour avoir encore plus d’ascendant sur elles, les patrons confisquent les papiers des migrantes afin qu’elles soient encore plus démunies qu’elles ne le sont déjà. 

De plus, le Code du travail libanais ne s’applique pas aux personnes exerçant la fonction de domestique au domicile de particuliers. Ce qui prive les travailleuses domestiques aussi bien libanaises que migrantes des protections dont bénéficient les autres travailleurs et travailleuses, comme le salaire minimum, le paiement des heures supplémentaires, l’indemnisation en cas de licenciement abusif, la sécurité sociale et le congé parental. Le fait que ces employées ne bénéficient pas des protections fondamentales dans leur travail est contraire à l’article 7 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, auquel le Liban a adhéré. Sans protection juridique, les migrantes sont donc totalement livrées à elles mêmes. Accroissant ainsi le rapport de domination qu’exerce leurs employeurs sur elles. En d’autre termes, l’esclavagisme est implicitement autorisée. 

De mal en pis 

La pandémie qui nous terrasse depuis quelques mois maintenant a dangereusement fragilisée la situation économique (un million de livres libanaises équivaut à cent dollars aujourd’hui) et politique au Liban. Obligeant certains foyers à abandonner leurs domestiques, ne pouvant plus « subvenir » à leur besoins. Des abandons de plus en plus fréquents depuis le mardis 4 aout 2020. En effet, deux expositions ont retentis vers 17h à Beyrouth faisant au moins 170 morts et plus de 6500 blessés. Les domestiques sont dans la rues, sans ressources, certaines sans papiers car saisis par leurs anciens patrons, et elles ne peuvent pas rentrer dans leur pays d’origines à cause du Kafala. Elles étaient plus d’une centaine à manifester notamment devant le consulat Kenyan les 10 et 11 aout 2020 pour réclamer un rapatriement. Face aux allégations sur les mauvais traitements et les autres abus de citoyens Kenyans au Liban, le Kenya a envoyé des représentants à Beyrouth pour enquêter. Il s’agit du seul pays Africains a avoir agit jusqu’à maintenant.

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