Le racisme anti-blanc : Chimère de notre temps

Le récent homicide de Georges Floyd perpétré par 4 policiers dans le Minneasota (25 mai 2020) a replacé au centre des débats publiques la question du racisme et des violences policières.

À travers le Monde, des émeutes ou des manifestations ont éclaté afin de dénoncer ce système discriminant et revendiquer l’urgence d’une égalité de traitement. À l’échelle internationale le #Blacklivesmatter a connu un nouveau souffle, porté par les protestations, tout comme le #Alllivesmatter. Ce dernier est problématique car il éclipse le sujet central : ces jours sont dédiés à la dénonciation du racisme subi par les personnes noires, et non à la revendication de la préciosité de chaque vies.

En France, un tout autre débat a émergé : celui du « Racisme anti-blanc ». Cette expression fait référence à de supposés actes d’hostilité visant spécifiquement des personnes blanches en raison de leur couleur de peau. Cette idée est parfois également appelée « Racisme inversé » [Reverse racism] aux États-Unis et fait l’objet de quelques études en sociologie, science politique, ou en droit. Très controversée -et à raison- voici 3 points pour clore cette conversation qui, comme le serpent, se mord la queue :

  1. Cette supposée forme de racisme n’est fondée que sur un syllogisme erroné :

Les arguments en faveur du racisme anti-blanc se fondent en effet sur de mauvais syllogismes. Pour rappel, un syllogisme est un raisonnement déductif qui, ne supposant pas de proposition sous-entendue, établit un lien entre des prémisses et une conclusion. (Un exemple très connu : « Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme donc Socrate est mortel. ») Ici, le syllogisme employé pour démontrer l’existence d’une forme de racisme inversé est tel qu’il établit une confusion entre un acte isolé et une généralité. (Ce n’est pas parce-qu’on est blanc et qu’un jour on s’est fait insulter pour notre couleur de peau que forcément cela arrive à tous les blancs, donc que le racisme anti-blanc existe).

Tout raisonnement -déductif ou inductif- doit être tenu dans un protocole scientifique rigoureux. Les syllogismes ne sont souvent pas issus d’un raisonnement très riche. En effet, par leur simplicité apparente en terme de logique, les syllogismes sont des faux amis du raisonnement et mènent rapidement à consentir comme étant logique une situation absurde. De plus, cette simplicité d’apparat mène au sophisme et enferme l’individu dans sa propre opinion qui se valide grâces à ses propres arguments, etc…

Aussi, cette forme de déduction qui aboutit à une conclusion fait montre chez certains de la supposée véracité de ce racisme. En vérité, ils omettent la partie la plus importante du protocole scientifique : la vérification. En plus d’user de syllogismes non valides et de se restreindre dans une bulle de raisonnement, les défenseurs du racisme anti-blanc oublient de vérifier à une plus grande échelle que celle de leur propre individualité ou cercle proche. On retombe alors face à ce problème : souvent, ces gens-là sont incapables de raisonner à grande échelle et se restreignent dans leur propre cercle de validation car leur raisonnement tomberait à l’eau en changeant de référentiel.

  1. Les sciences sociales démentent l’existence de cette hypothétique forme de « racisme inversé ».

Ceci nous amène au second point de notre réflexion : après avoir parlé du mauvais raisonnement de la part des individus, penchons-nous sur les réflexions des experts en sciences sociales. Comme mentionné plus haut, le racisme anti-blanc fait l’objet d’un certains nombre d’études en sociologie, en science politique, ou même en droit. Toutes ces études amènent à une même conclusion : le racisme inversé n’a aucun fondement social, politique ou juridique. (Une liste d’études interessantes est disponible en fin d’article.) Avec cet argument, il semble difficile de croire à l’existence d’une forme de racisme à l’encontre des personnes blanches puisque toutes les disciplines s’accordent à le réfuter. Là aussi, la distinction entre « racisme » et « différents » (de portée individuelle) sont la base du raisonnement visant à établir la non-pertinence du racisme anti-blanc.

  1. Le racisme prend racine dans l’Histoire, contrairement au « racisme anti-blanc » qui n’a pas de fondements historiques.

En effet, le racisme n’est pas de la discrimination. Il faut opérer une distinction stricte entre ces deux termes :

Le racisme désigne une idéologie qui conçoit une hiérarchisation intrinsèque de l’espèce humaine ou d’une « race » (définit d’après la couleur de peau) prédominerait sur une/des autre(s). La discrimination, quant a elle, est un processus lié au fait d’opérer une distinction concernant une personne ou une catégorie sociale en créant des frontières dites « discriminantes » (basées sur la couleur de peau, l’ethnie, etc…)

Avec cette distinction faite, il est important donc d’aborder l’aspect historique du racisme. Pour cause, le racisme prend racine dans l’Histoire à travers les différentes périodes de forte ségrégation et d’esclavage subies par la communauté noire. Il faut bien comprendre que le racisme est une notion qui s’est modelée au fil des années et a opprimé -et opprime toujours- les noirs.

Au contraire, la discrimination est un phénomène ponctuel (dans le sens ou ce n’est pas systémique, a contrario du racisme) et touche des groupes plus minoritaires.

En ce sens, nous pouvons affirmer que le racisme anti-blanc est une fabulation de la part de ceux qui y croient. En effet, basée sur un syllogisme qui s’auto-valide sans montrer ses failles, cette idée que les blancs seraient opprimés correspond à un manque de nuance et de compréhension de l’Histoire.

Compléments: 

5 Ouvrages pour aller plus loin:

  • Dictionary of Race and Ethnic Relations, par un collège d’auteurs 
  • Le pouvoir noir, Malcolm X, La découverte; 13 mars 2008 
  • Sommes-nous tous racistes ? Psychologie des racismes ordinaires, Jacques-Philippe LEYENS, Mardaga; 18 janvier 2018
  • « I have a dream », discours de Martin LUTHER KING; 28 août 1963
  • « La nation et la race », conférence d’Ernest RENAN; 11 mars 1882

5 sociologues qui se sont exprimés sur le sujet: 

  • Éric FASSIN;
  • Marie PERETTI-NDIAYE;
  • Jessica T. SIMES;
  • Matthew DESMOND et Mustafa EMIRBAYER; 
  • Magali BESSONE.

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