Travailler en tant que femme au Liban

Occupant déjà une place fragile dans l’équilibre social, une femme au Liban doit aussi se confronter aux inégalités dans le monde professionnel.

Le Liban se classe, selon le classement annuel Global Gender Gap Report 2020, 145ème sur 153 pays en terme d’égalité des genres dans le monde professionnel. Cette place est révélatrice des inégalités de sexe qui fracturent la société. En effet, le Liban obtient un score assez bas concernant les inégalités salariales: le Liban se classe 90ème sur 153 pays avec un score de 0.62. Ainsi pour un travail égal, les femmes sont donc moins rémunérées que les hommes: si elles étaient payée de manière totalement paritaire, le score du Liban serait de 1.

Nous savons, en outre, que les inégalités salariales sont bien souvent liées à la question de “l’articulation vie domestique-vie professionnelle”. Il revient bien souvent aux femmes de gérer le “travail domestique”, aussi qualifié de “ production domestique”. (Selon une définition de l’INSEE, ce terme comprend les tâches familiales non-rémunérées telle que le ménage, l’éducation des enfants, la cuisine.) Cette inégale répartition de la charge domestique pousse bien souvent les femmes à travailler à travailler à temps partiel, ce qui est justement un obstacle à leur évolution professionnelle. Les postes à hautes responsabilités, eux; reposent sur des contrats à durée indéterminée à temps plein; en creux impliquent une grande mobilité, flexibilité et amplitude horaire sont donc difficilement incompatibles avec la prise en charge des “tâches domestiques”. Cette incompatibilité est difficile à dépasser du a des moeurs très solidement ancrés dans la société libanaise, encore timide au changement. 

Les entreprises dirigées par des femmes sont extrêmement minoritaires au Liban: seules 5,30% des firmes ont comme actionnaire majoritaire une femme et uniquement 4,40% d’entre elles ont une femme comme dirigeante. Nous sommes ici dans une situation de ségrégation occupationnelle: les femmes font face à un “ cantonnement” dans des secteurs professionnels vus comme subalternes et moins stratégiques, concentrant un moins fort potentiel décisionnel. Les femmes sont par exemple sur-représentées dans les métiers dits du “Care” (c’est -à-dire les professions du soin, du social et de la santé ). Il y a par exemple 7 fois plus de femmes que d’hommes dans le domaine de l’éducation (7 % de la population active féminine contre 1% de la population active masculine) au Liban. 

Les femmes en politique libanaise sont aussi extrêmement sous-représentées: il n’y a que 4.7 % de femmes au sein du Parlement contre 97.3% d’hommes. Ainsi, on peut voir qu’au Liban, entreprendre une carrière politique en tant que femme est extrêmement compliqué. Cela montre donc que le Liban reste une société très patriarcale, valorisant la masculinité comme facteur de réussite dans l’espace professionnel et donc encore plus dans les carrières politiques. Par exemple, aucune femme n’a dirigé le pays depuis son indépendance. De plus que contrairement à la France, qui cherche à instaurer une certaine parité dans le domaine politique en introduisant par exemple des quotas féminins dans de certaines élections, le Liban ne jouit pas encore d’une politique publique paritaire. Cela est donc révélateur de la persistance de modèles de socialisation genrés, engendrant donc cette difficulté à l’accès aux positions de leadership pour les femmes. L’idée ici, est toujours celle de la division verticale du travail où le genre constitue un frein à l’accès aux professions les plus valorisées, les plus élevées dans la hiérarchie professionnelle. 

Nous pouvons conclure notre analyse en imputant donc ces disparités concernant la place de la femme à des modèles culturellement différents. La mixité et la parité sont loin d’être atteintes dans les emplois stratégiques, qu’ils concernent les cadres dirigeants du privé ou la haute fonction publique au Liban. Les inégalités professionnelles sont plus marquées au Liban. Cependant, on peut voir que même les économies européennes, occidentales et très développées, où l’on prône souvent l’égalité homme-femme comme enjeu prioritaire, on peut appréhender réellement cette question des inégalités: c’est justement en analysant notre domaine d’étude, les postes à niveau de responsabilité élevée, que les statistiques révèlent donc la persistance de conceptions misogyno-patriarcale dans les sphères de pouvoir. Au Liban, la société évolue timidement sur ces postulats grâce à la nouvelle génération plue empreinte aux changements qui s’écarte des modèles types de leurs parents. Cependant, un modèle patriarcal si ancré est difficile à déloger et à transformer: cela prendra du temps avant que les femmes au Liban puissent accéder à des postes à forte responsabilité.

Solène.

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