Nayra :《 il y a de plus en plus de femmes sur la scène de rap français 》

Jeune artiste de 21 ans habitant à Saint-Denis depuis son enfance, Nayra s’est fait connaître en postant des freestyles sur Facebook. Mais quelle est la place de la femme dans le rap aujourd’hui ?

Qui es-tu ?

Moi, c’est Nayra. J’ai 21 ans. Depuis que j’ai 12-13 ans, je fais de la musique. Avant, je n’en avais jamais fait. J’ai commencé en faisant de la guitare dans ma chambre, après j’ai écris de plus en plus de textes. Enfant, je traînais qu’avec des garçons dans mon quartier, je m’habillais comme eux, même si aujourd’hui cela ne veut plus rien dire. Je voulais me créer une carapace de garçon manqué pour être intégrée. Puis cela m’a énervé d’être rappelée à ce que je suis, une chanteuse, alors j’ai commencé à écrire des textes de rap. Un jour je suis descendue au quartier, j’ai fait écouté mes freestyles à des amis, et ils m’ont dit de me lancer.

Ces freestyles ont été bien perçus ?

Tellement, tellement. Après forcément il y a toujours une partie qui est plus pessimiste, du faite que “Tu es fille et tu rappes ?”.

Certaines personnes ont été misogynes ?

L’extérieur a déjà des aprioris sur ce qu’est une femme dans le rap. Forcément il pensait que j’allais m’exprimer comme un “homme”, même si je n’aime vraiment pas utilisé ces appellations. De récupérer tous les codes et stéréotypes qu’un garçon de banlieue fait et les utiliser. De me dénaturer de ma condition féminine pour tendre vers quelque chose de très masculin. Il y a eu beaucoup de préjugés. Plein de gens m’ont dit de ne pas faire ce genre musical car “une femme qui rap c’est dégueulasse”. 

Ta famille avait aussi des aprioris ?

Non. J’ai été élevée par ma mère et je suis la plus grande de la fratrie. J’ai toujours eu le rôle de la grande-soeur, du grand-frère, du mari, plusieurs facettes en même temps. Quand je me suis lancée dans le rap, la seule condition que ma mère m’a demandée était que je continue mes études. Il ne fallait pas que c’est trop un impact dans ma vie et que cela reste un pur loisir. Je n’avais pas encore l’ambition, ni la prétention de faire de grandes choses comme sortir des singles, des albums. Je voulais juste faire de la musique, kiffer, aller sur scène, sortir des sons sur les réseaux sociaux etc. C’était quelque chose de positif. Cela m’a permis une ouverture. J’ai pu “voyager” en sortant de mon quartier pour aller sur Paris, rencontrer d’autres personnes et avoir d’autres centres d’intérêts. 

Mets-tu certaines exigences sur ton travail ?

J’ai toujours fait du rap avec comme règles : pas de gros mot, pas de vulgarité, toujours dire des choses intéressantes. Je me suis imposée cela à moi-même, pour ne pas faire mauvaise figure devant les mamans du quartier. Autant faire quelque chose qui me ressemble à fond, car je ne lâche pas de juron et parle normalement au quotidien. 

As-tu des pressions masculines ?

J’ai de la chance d’avoir un producteur qui s’appelle Sébastien Catillon. Il est l’ancien manager de Diam’s et le manager de Ben l’Oncle Soul. Cela fait vingt ans qu’il est dans le milieu de la musique. Il a conscience de la place d’un artiste. Il me perçoit comme une artiste avant tout et non une femme. 

Tes collègues rappeurs comment sont-ils avec toi ?

Ils sont très gentils, parfois bienveillants, mais ils sont super maladroits dans leurs propos. De temps en temps, j’ai des commentaires sexistes sans qu’ils veulent être méchants, alors je leur fais des petits rappels à l’ordre. 

Et tes fans ?

J’ai commencé les vidéos sur Facebook. A force d’avancer, je me rend compte que ma communauté a grandi avec moi. J’ai rarement des remarques de personnes qui me suivent. La plupart du temps, quand je reçois des commentaires racistes ou sexistes, ce sont des personnes pas très éclairées qui ne prêtent pas attention à mon travail.

En reçois-tu régulièrement ?

Assez souvent. A force, ton cerveau crée un filtre. Si je m’attardais sur tout, j’aurais arrêté la musique depuis très longtemps. A la base, si je fais cela, c’est pour transmettre des messages. J’essaye de me défaire de tous ses préceptes sociaux qu’on m’a imposé depuis enfant et qu’on essaye de m’imposer encore maintenant. J’ai toujours voulu revendiquer et retourner tous les trucs qu’on nous imposait nous les femmes contre les hommes. Mon attention n’était pas féministe de base, mais cela a toujours été profondément ancrée en moi étant donné que mon modèle féminin et masculin était ma mère. 

Vois-tu une évolution des femmes dans le rap ?

Je trouve que tout évolue énormément. Il y a de plus en plus de femmes sur la scène de rap français.

Je vous invite à aller découvrir son travail disponible sur sa chaîne Youtube, et sur ses réseaux sociaux, Facebook où elle compte aujourd’hui plus de 188 000 abonnés, et Instagram.

Portez-vous bien devant un bon thé en terrasse !

Agathe

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