Le port du voile et du masque : Tous masqués ?

La crise sanitaire actuelle a banalisé et encadré le port du masque dans le Monde : La France n’a pas fait exception.

Depuis le 11 mai, nous sommes tous armés de nos FFP2 classiques ou, pour les plus fantaisistes d’entre nous, de nos petits masques à fleurs. Ce consensus quant à la nécessité du port du masque nous invite à repenser, au niveau politique, à la thématique autour du voilement du visage. Ce sujet prend racine en France avec le débat autour du port du voile, et ici nous allons tenter d’explorer les liens entre ce thème récurrent de nos actualités et celui du port du masque qui est très récent. Nous allons aborder ce thème sous différents prismes afin de vous permettre de forger votre propre avis !

Chaque année, la polémique autour du port du voile fait sensation dans les médias français. Pour mieux comprendre ce thème récurrent de nos actualités Bleu-Blanc-Rouge il faut remonter à 2004.

Cette année-là est l’instant pivot de la polémique qui dure autour du port du voile en France. En Mars 2004 est entré dans le Code de l’éducation l’article L141-5-1 qui dispose que: « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. » Cette loi rejoint bien d’autres mesures prises pour laïcisé un maximum le paysage public français. Par exemple, la Loi Le Pors du 13 juillet 1983, plus ancienne, portant sur les droits et obligations des fonctionnaires dispose : « Le fonctionnaire exerce ses fonctions dans le respect du principe de laïcité. »

Le terme de « laïcité » doit être ici bien compris et est souvent amené à être au centre des débats publics. En effet, au delà de la polémique sur « Pouvons-nous ou pas être voilée, et jusqu’à quel point ? » c’est bien cette notion de laïcité qui est débattue au sein du paysage médiatique français. En clair, la laïcité est un principe constitutionnel qui sépare le pouvoir politique des organisations religieuses (la loi de 1905 doit peut-être vous dire quelque chose). La loi de la République doit garantir la liberté de culte, proclamer la liberté de conscience et ne placer aucune croyance au-dessus des autres. Ce principe est résumé par la formule suivante : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. »

Nous pouvons penser jusqu’alors qu’il n’y a pas de débat si cela est inscrit dans la loi… et pourtant si ! Le noeud du problème se situe au niveau de la voie publique car l’espace public est un lieu de libre expression, y compris de sa religion. Le port du voile y est autorisé et réglementé. C’est la loi de 2010 porté par François Fillon, alors Premier Ministre et Michèle Alliot-Marie Ministre de la Justice ; qui interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Cette loi interdit donc ce qu’on appelle «Le voile intégral » ou le « Le niqab » (Parfois appelé Burqa) car ces derniers ne permettent pas d’identifier correctement celle qui le porte.

Les arguments en défaveur du port du voile s’inscrivent donc tout particulièrement dans cet espace public. Cela revêt un caractère plus virulent à partir de 2010 et l’avènement majeur de l’usage des réseaux sociaux auprès des + de 40 ans.

L’idée la plus plébiscitée par les anti-voiles est celle de « Comportements communautaires » : Le voile est évidemment trait de la confession musulmane, et historiquement la France n’est pas un pays musulman. Tel est leur raisonnement. Les détracteurs du voile usent donc de l’argument -Complètement absurde- des « Racines françaises et judéo-chrétiennes» pour justifier le rejet du port du voile sur la voie publique en France. Le port du voile serait, selon eux, un refus de se «Plier à la tradition Française ».

Afin d’illustrer cet argument, nous ne pouvions pas oublier Éric Zemmour, personnage clef et xénophobe de la polémique sur le voile : Selon lui, « Le voile islamique, ce n’est pas la France. » comme il l’a déclaré sur CNews le 30 octobre 2019. Ces propos ont été rapportés suite à un débat autour de la laïcité après une énième polémique entre un élu RN et une mère voilée qui accompagnait une sortie scolaire qui s’est vu prendre la porte.

Nous voyons donc ici que cette polémique touche toutes les strates de notre société, comme à travers l’exemple plus étonnant dans le monde du sport. En 2017, le fameux « Hijab Pro » a été lancé par la marque Nike ; ou le « Burkini », qui n’est ni plus ni moins qu’une combinaison de plongée mais qui, ici, a déchaîné non pas les vagues sur les plages mais les foules sur les plateaux télé. Cet exemple est intéressant notamment par l’ampleur de la polémique qu’elle suscite : Le phénomène, amplifié dans les médias est en réalité minoritaire.

Cependant, après avoir décortiqué comment le port du voile s’est imposé dans nos actualités, il est nécessaire de passer sur une question de fond, peu abordée, qui demeure : La notion d’autorité. Comme nous venons de le voir, la laïcité est un droit et aussi un devoir confié à tous. Un devoir qui est donc dicté par l’État et qui influe directement sur le culte. Se confronte alors ici deux autorités: L’autorité de l’État et l’autorité religieuse. Nous pouvons nous demander si ces lois permettent vraiment l’égalité qu’elles prétendent apporter : si le dévoilement contraint s’inscrit réellement dans les principes énoncés de la laïcité. C’est-à-dire, qui sont de placer tout citoyen au même niveau qu’un autre ; sans hiérarchie de croyances et dans le simple but de placer tout le monde sur un pied d’égalité.

Ce questionnement autour de l’autorité de l’État et de sa légitimité quant à réglementer et sanctionner ce que revêt un individu a une résonance familière ces temps-ci, vous ne trouvez pas ?

Et voilà une transition toute trouvée afin d’aborder avec vous la question du masque en temps de pandémie de Covid-19 !

Ici, une polémique naissante, à l’instar du voile, que nous traiterons avec précaution car nous manquons de recul sur la situation afin d’en dresser un tableau fidèle à la réalité. Cependant, nous allons explorer comment les considérations politiques en France s’accordent et s’opposent aux instances scientifiques, deux formes d’autorité « fortes » et « crédibles ».

L’État est au coeur d’une double polémique qui ne s’éteint pas concernant le manque de masques sur le territoire. Les fonctionnaires, d’abord, déplorent un cruel manque de considération de la part du gouvernement. Même si des efforts d’élargissements des stocks ont été faits, « Le mal est fait » et personne n’oubliera les personnels de santé sans masques dû à un « manque de moyens ».

Basculons maintenant des fonctionnaires aux civils, également au coeur d’une politique sanitaire mal-menée qui se contredit au fil des jours. Soumis eux aussi, ou du moins, nous aussi, à un mauvais accès aux équipements de protection de base -dont le masque fait partie- nous sommes touchés par cette question qui agace : Est-ce légitime que les stocks de masques soient disputés entre les acteurs privés ? Quelle est la place de l’État dans tout cela ? Que pouvons-nous penser du révolu débat « Masque ou pas masque ? Utile ou voire même dangereux ? » lancé par le gouvernement au début de la crise ?

Souvenez-vous, au début de la prise de conscience -tardive- du gouvernement quant au sérieux de la crise sanitaire. Le Professeur Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, avait rappelé qu’il était « inutile et même contradictoire en terme de santé de porter un masque en permanence dans la rue » et que les gestes barrières suffisaient. Un discours bien vite remplacé par des injonctions à se protéger en utilisant des gants et des masques.

L’opinion publique est perdue face à la confrontation de ces deux instances influentes : les médias interrogent l’une et l’autre à tour de rôle et les citoyens sont confus quant aux gestes à adopter. Même si un consensus semble abonder vers le masquage systématique, il n’en demeure pas moins que les pistes sont brouillées.

Depuis quelques jours, nous pouvons noter une collaboration plus étroite entre les politiques et les scientifiques, notamment sur le sujet du déconfinement : l’exécutif, pourrait-on dire « se calque », « s’aligne » aux rapports des scientifiques avec plus de soin qu’avant. Par exemple, le Premier Ministre s’est rapproché d’un comité scientifique varié et a intensifier ses relations avec le Ministre de la Santé lors de l’élaboration du plan de déconfinement (et ses aboutissements)

Un point reste cependant sûr en ces temps incertains: 

Il est littéralement vital que l’évolution de cette crise et de sa prise en charge soit discuté et abordé entre dirigeants et professionnels de santé dans la mesure où ils sont interdépendants durant cette pandémie. Les rapports de force doivent être accordés entre conseils scientifiques a priori et décisions politiques a posteriori. Situation plutôt inversée ces derniers temps ou c’est la décision politique qui affole les scientifiques qui interviennent pour demander un changement.

Cet article tend à vous ouvrir au sujet en vous donnant des clefs et des pistes afin d’appréhender au mieux ce débat et non à vous présenter une réponse unique.

Solène.

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