L’ÉTAT RACISTE ? PARLONS-EN !

Comme vous avez pu le constater, cette semaine a été riche en rebondissements, indignations, tristesses et surtout colère. 

Les esprits ont commencé à s’échauffer lorsque Camélia Jordana s’est exprimée, le samedi 23 mai, sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché ». La chanteuse dénonçait les violences policières dans les quartiers populaires et exprimait son sentiment d’insécurité face aux forces de l’ordre. Ces propos lui ont valu une vague d’acharnement à son égard. Le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, s’est même exprimé une première fois via Twitter : 

« Non madame, « les hommes et les femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue » ne se font pas « massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau ». Ces propos mensongers et honteux alimentent la haine et la violence. Ils appellent une condamnation sans réserve. »

Puis une seconde fois, ce lundi 25 mai, lors d’une conférence de presse. Il est simple de critiquer une femme racisée lorsque l’on ne sait pas aligner deux mots sans bafouiller.

Je suis sidérée par la mauvaise foi dont fait preuve le gouvernement français. Il y a quelques mois encore, une grande majorité était indignée par la violence des forces de l’ordre à l’égard des gilets jaunes. Ce qui s’est passé lors de ces manifestations était un aperçu de ce qui se passe quotidiennement dans les quartiers populaires. La soi-disant « prise » de conscience lors de la sortie des Misérables de Ladj Ly n’était donc qu’hypocrisie ?

L’invalidation des propos, l’inversion de la culpabilité, l’argument de la victimisation sont des processus de défense que l’on constate de plus en plus lorsqu’on soulève des problématiques qui touchent directement le système français. Des centaines de vidéos circulent montrant des arrestations d’une violence injustifiée. Lors d’un rapport publié le 7 mai 2020, l’ONG Amnesty International tire la sonnette d’alarme quant aux multiples violences policières. J’ai l’impression que plus il y a de preuves, plus nous, personnes racisées, sommes contredit et mit en porte-à-faux. C’est d’une frustration énorme.

La proposition de loi d’Éric Ciotti vise à interdire la diffusion d’images sur lesquelles les forces de l’ordre seraient identifiables. Ce qui signifie que non, nous ne pourrons plus filmer aussi librement qu’avant. Bien qu’elle ne passera sûrement pas, le fait que cette idée ait germé dans l’esprit de certain est révoltant. C’est une atteinte à la liberté d’expression et donc, par conséquent, à la liberté de la presse. Rappelons que la France a perdu deux places au classement mondial de la liberté de la presse, elle est à ce jour à la 34e position. Filmer étant notre seule arme, que nous restera-t-il pour nous défendre ?

Ce lundi, un énième Afro-américain, du nom de George Floyd a été tué par un officier de police Blanc. Ce policier, impassible, écrase le cou de cet homme avec son genou. Tout cela en ignorant les alertes des personnes autour, mais surtout : l’appelle à l’aide de la victime qui a exprimé plus d’une fois qu’il manquait d’air.

Après la diffusion de la vidéo, j’ai suivi scrupuleusement les multiples réactions des médias français. Comparant, avec une grande mauvaise foi, la France aux Etats-Unis. Ce qui est d’autant plus révoltant c’est qu’après toutes ces comparaisons, toute ces contradictions, hier, dans le XXe arrondissement de Paris, un homme Noir français a été victime de la même méthode d’immobilisation qui a tué George Floyd.  Il faut savoir qu’il a eu le droit à ce même traitement alors qu’il était menotté donc immobilisé.

Qu’est-ce que disait Christophe Castaner déjà ? Comment pourrons nous dénoncer ces types de violence si la proposition de loi de Ciotti est acceptée ? Que font les bons policiers ? Ceux que certains mentionnent si souvent pour contredire les « ACAB ». Comme l’a dit le journaliste Anas Daif :

«  C’est irrespectueux et indécent d’invoquer tout de suite l’argument des « bons policiers qui existent » à une population qui pleure le décès d’un homme, tué parce qu’il est Noir. »

Bons ou mauvais le résultat reste le même : des personnes racisées se voient être insultées, mutilées, tuées. Les mauvais tuent, les bons laissent faire. Ne pas s’interposer dans le but de rester neutre revient à être dans le camps du coupable car leur innaction conforte leurs collègues dans l’idée que ce qu’ils font est juste. Dans ce cas, le racisme est alors caché derrière le droit de réserve que l’état leur impose.

Utiliser ses privilèges, ses réseaux sociaux, sa voix peut être une solution pour défendre ces personnes. Faisons-le.

De nombreux débats se sont faits sur les réseaux sociaux, mettant en avant le fait que nos gardiens de la paix sont moins violents et que nous avons de la chance, « nous » personnes racisées, de vivre en France. Laissez-moi vous rappeler qu’en France aussi, il y a des violences. En France aussi, elles sont toutes aussi graves. Certains policiers français sont des criminels et, sans faire de généralité, j’ose dire que se sentir en sécurité en France n’est pas chose facile.

Continuons à dénoncer ces comportements dangereux et meurtriers, continuons à filmer.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s